Invitation à déjeuner

Geneviève :
«J’ai besoin de toi pour être moi et tu as besoin de moi pour être toi» Principe sud-africain. Toutes les cultures ou presque diabolisent les autres. Nous donnons trop de place à ceux qui parmi nous sèment la discorde. Et nous-mêmes, parfois volontairement ou pris dans la brutalité et la douleur de nos réactions émotionnelles. Les pires moments de notre Histoire et aussi de nos vies sont trop souvent basés sur l’exclusion et les préjugés.
Alors, je vous propose une expérience tirée des travaux d’Élisabeth LESSER, auteure et conférencière américaine, qu’elle a nommée : «Inviter l’autre à déjeuner». Évidemment, il ne s’agit pas d’inviter votre meilleur (e) ami(e) mais quelqu’un qui, à priori, vous coupe plutôt l’appétit !
L’initiative consiste à inviter une personne, collègue, pseudo « ami », voisin etc, qui vous tape sur les nerfs ou vous semble si éloigné de vous par ses opinions, comportements etc. Bref une personne avec laquelle vous pensez ne «rien avoir à faire».
Pour les courageux, courageuses Médiateur(e)s qui se lancent dans l’expérience, voici quelques règles simples à respecter impérativement :
Premier principe : avoir un objectif, c’est-à-dire choisir une personne sur laquelle vous avez une opinion péjorative.
Avant le déjeuner on se met d’accord sur quelques règles :
– On n’essaie pas de se convaincre, de persuader
– On n’interrompt pas
– On est réellement curieux de l’autre
– On est disposé à la conversation
– On est authentique
– Et surtout on ECOUTE !
Les habitués de notre blog ou de nos cours auront reconnu les principes de base de la médiation. Osez poser les questions que vous avez toujours voulu poser à quelqu’un que vous estimez si différent de vous.
J’ai fait l’expérience avec ma femme de ménage, elle est Musulmane pratiquante, porte le voile. Pour l’athée que je suis c’est toujours quelque chose de difficile pour moi. Cette rencontre, ce lunch, a eu lieu le lendemain de la tuerie du Bataclan… Je garde pour moi nos échanges que j’estime intimes mais sachez juste que nous avons pleuré ensemble.
Autre exemple : une invitation à déjeuner dans notre campagne de ressourcement : l’Ariège. Il s’agit d’un voisin (ex avocat) notoirement militant actif d’extrême droite et raciste sur les Arabes et les Africains, j’imagine que les Suédois échappent à la vindicte !
Comme il n’est pas question de convaincre qui que ce soit, il reste celui qu’il est, je reste celle que je suis, c’est-à-dire une femme de 70 ans ayant du mal à comprendre même le concept du racisme. En revanche j’ai découvert un homme sincère, dévoué, totalement désintéressé, blessé dans certains idéaux de sa jeunesse. Très serviable envers à peu près tout le monde (même son maçon arabe !)
Qu’a-t-il appris de cette expérience ? Qu’on pouvait être en désaccord et déjeuner à la même table sans s’injurier. Nous ne sommes pas certaines qu’il en était convaincu avant l’initiative. Est-ce qu’après cette expérience vous serez décoré(e) de la médaille du meilleur médiateur, de la meilleure médiatrice ? Entendrez-vous résonner les trompettes de la renommée dans les multiples instances de la médiation ? Non, car le chemin est long et difficile pour faire un pas l’un vers l’autre.
« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas que les choses sont difficiles. » Sénèque

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